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Ancrée dans les chaînes monta-
gneuses des Carpathes, là où
l'ombre de Dracula plane encore
sur les villages isolés, à la jonction
de deux mondes en guerre reliés
par un col escarpé, la Forteresse
Noire se dresse, masse immonde
et pernicieuse, en un insolent défi
aux forces séculaires du Temps.

Michael Mann, jeune et talentueux
réalisateur qul, en deux longs
métrages (Comme Un homme libre,
Le Solitaire) a imposé un langage
filmique très personnel, nous
convie, avec son ultime réalisation,
The Keep, à pénétrer dans cette
forteresse et en percer les secrets
les plus abjects. Tout commence
lors de la Seconde Guerre Mon-
diale. Le capitaine Woermann, de
la Wehrmacht, et ses hommes, en
prenant position dans la sinistre
bâtisse, ignorent le terrible fléau
auquel ils vont être confrontés. Ils
vivront une aventure qui les mè-
nera aux confins de l'Inconnu...

D'emblée, le metteur en scène ne
s'embarrasse guère des habituel-
les considérations et descriptions
psychologiques propres à rendre
authentique chaque protagoniste.
En quelques scènes ponctuées de
sporadiques dialogues, les victi-
mes, comme les héros, prennent
place dans un récit épuré de tout
maniérisme. L'horreur envahit ra-
pidement chaque parcelle de
l'image, et se pare d'inquiétantes
couleurs glauques et froides. Mi-
chael Mann compose alors une
symphonie diabolique de visions
fulgurantes, confrontant les princi-
paux personnages à une force
terrifiante  Dans un conflit où
l'identité sociale semble réduite à
néant, chacun retrouve sa propre
individualité en une redoutable
prise de conscience, face à un
péril surnaturel.

Film horrifique grandiose et sty-
lise, véritable opéra de la peur où
l'image et la musique s'allient pour
concrétiser les plus horribles cau-
chemars, The Keep constitue la
première incursion de Michael
Mann dans le domaine fantastique.
Toutefois, The Keep se margina-
lise par un refus systématique de
privilégier le choc visuel, et d'affi-
cher celui-ci en un violent contre-
point désequilibrant le récit. Le
réalisateur réussit à harmoniser
chaque élément du film d'horreur
traditionnel tout en introduisant
une approche moderne de la peur;
le film ne s'apparente plus a une
suite inégale de mini-traumatis-
mes, mais procède comme un seul
et unique choc! Un univers insi-
dieux et pervers, enfoui dans un
subconscient archaïque, prend
forme, et une entité surhumaine,
une puissante déité, telle que
Lovecraft se plairait à la décrire,
hante les couloirs suintants et
claustrophobiques de la forte-
resse.

L'échantillonnage humain réuni
dans cette antichambre de l'enfer,
du capitaine Woermann au SS
Kaempffer, du docteur Cuza au
Père Fonescu, cristallise un en-
semble de réactions dramatiques,
alors que le Temps ne rythme plus
les angoisses grandissantes; le
schéma de la guerre se reproduit
dans cet étrange microcosme
chaotique, et la forteresse se
transforme en camp de concentra-
tion... Molasar, personnification du
Mal emprisonné dans les profon-
deurs de la terre, attend la déli-
vrance, tout comme Chtulu ou Yog
Sothoth. L'intervention maladroite
de deux soldats allemands, pris au
piège de leur cupidité, le libérera.
Le monde en guerre de Woermann
et Kaempffer bascule dans l'ir-
rationnel. La lutte contre l'inexpli-
cable se révèle vaine, et seul un
être de la puissance de Molasar
pourra sauver l'humanité de la
destruction.

Messie surgi de nulle part,
l'étrange Glaeken intervient, trans-
formant l'horrible cauchemar en un
conte mystique. Glaeken et Mola-
sar s'affrontent en un combat
manichéen dans cette forteresse
semblable à un ancien temple voué
la pratique d'un culte odieux (le
décor du repaire souterrain de
Molasar évoque le Cromlech de
Stonehenge). Sans pour cela se
nimber d'une blancheur édénique
propice à triompher des obscures
forces du Démon, Galekan vainc
Molasar dans une effusion de lu-
mière qui, énigmatiquement magi-
que, ne s'apparente pas moins a
un rayon d'énergie, fruit d'une
technologie avancée. Le réalisa-
teur refuse toute définition assujet-
tie à une religiosité échevelée
(bien que Glaeken apparaît comme
une représentation christique, les
bras en croix, et que la musique de
Tangerine Dream s'envole en un
lyrisme exacerbé)  il préfère sug-
gérer l'existence d'une race extra-
tarrienne, source originelle de la
race humaine (et foyer de toutes
les religions), dont Glaeken et
Molasar seraient les seuls survi-
vants. Glaeken, en se liant d'amour
avec la fille du docteur Cuza,
n'aspire-t-il pas a connaître cet
être déconcertant, mortel et faible,
qu'il s'évertue à sauver du chaos,
fuyant ainsi devant la terrible réa-
lité faisant de Molasar son double
maléfique?

Au-delà de ses mystères, The
Keep exprime une farouche vo-
lonté de rendre au Cinéma sa fonc-
tion essentielle de spectacle. A
l'instar des héros de ses longs
métrages, Michael Mann poursuit
une quête individualiste, inces-
sante recherche d'une nouvelle
expression cinématographique.
The Keep représente l'aboutisse-
ment de ses efforts et ouvre des
perspectives ignorées - ou dé-
daignées - jusqu'alors. Par une
mise en images formelle et glacée
(et non glaciale), un montage ner-
veux, et une direction d'acteurs
magistrale, parfois théàtrale et tou-
jours paroxystique, Michael Mann
supprime toute notion de temps
inhérente à un recit filmique, et
annule la distanciation spectateur-
image.

Hallucinant chef-d'oeuvre, The
Keep participe a la renaissance
d'un genre quelque peu sclérosé
ces temps-ci, et, avec Dead Zone
et La Foire des Ténèbres, contri-
bue a l'édification d'un fantastique,
d'une science-fiction dominants,
poursuivant l'ouvrage commencé
par 2001, Alien et Blade Runner.

Du sublime génénque où l'on ou-
blie la vertigineuse descente de la
caméra sur les forêts pour ne voir
qu'un subtil scintillement bleuâtre,
incroyable illusion d'optique, aux
monumentales scènes finales, Mi-
chael Mann maîtrise cette péril-
leuse entreprise, et cet exception-
nel créateur de rêves, marque déjà
de son sceau un 7e art ressusci-
tant...
 
Daniel Scotto




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