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Quelques Breches dans La Forteresse Noire...

"Quand vous passez un an de votre vie à tourner un film, vous 
changez, vous évoluez. Et si vous avez de la chance, le film 
gagne en beauté et en cohérence." 

Michael Mann 

Tout est dit dans ces quelques mots. A cette différence près que 
Michael Mann n'a pas eu de chance.

Comme vous l'avez forcément remarqué au fil des interviews 
d'acteurs et de techniciens, La Forteresse Noire est un film qui 
a souffert. Souffert de son ambition, de son tournage à épisodes 
mouvementé, et surtout d'un manque de moyens dans l'achèvement de 
ses effets spéciaux. Inévitablement, ces conflits successifs se 
ressentent à la vision du produit fini. La Forteresse Noire est 
un film qui épate... et déçoit en même temps, n'ayons pas peur 
des mots. Alors, pourquoi une moitié de numéro spécial, 
allez-vous hurler? Eh bien! justement. 

D'abord pour que des gens aussi expérimentés que Scott Glenn, 
Alex Thomson, Nick Maley, Nick Allder et Enki Bilai puissent 
attester des difficultés rencontrées au cours d'une telle 
aventure. 

Ensuite pour témoigner d'un certain vent de panique chez les gros 
producteurs qui s'engagent volontiers à l'aventure sur des films 
d'auteurs ambitieux pour ensuite s'affoler quand les budgets 
gonflent, couper les vivres, et décider arbitrairement du look 
final. Remember Les Portes du Paradis de Cimino...

Enfin, parce que La Forteresse Noire est tout sauf un film 
médiocre, terne, creux et sans intérêt. Certains appellent ça un 
ratage sublime, je dirai pour ma part que le film de Mann est un 
envoûtant voyage vers nulle part. Une superbe digression 
esthétisante. Un gigantesque vidéoclip d'une heure. trente, sur 
fond de Tangerine Dream et de claquements de mitrailleuses. 

Pour reprendre une expression de Truffaut appliquée à certains 
films d'Hitchcock, La Forteresse Noire est «un grand film 
malade". Un pari tellement personnel, osé, original, en regard de 
la production courante, et des films précédents de Mann, que ses 
résultats sont forcément passionnants à décrypter. Même s'ils ont 
été victimes de contraintes commerciales ou techniques...! 

Même s'il y a eu trahison. Car dans son état actuel, La 
Forteresse Noire, prévue pour une durée minimum de deux heures, 
et réduite d'une bonne demi-heure sur décision de la production, 
est loin d'être conforme aux intentions premières de son metteur 
en scène. Et ce n'est pas un hasard si le visuel a ainsi 
vampirisé la substance "cérébrale". 

VOYAGE DANS L'IMPOSSIBLE 

Dès sa naissance, le projet était risqué. D'abord parce que Mann 
est tout sauf un inteliectuel visionnaire à la Kubrick ou à la 
Boorman. Ce qui nous emballait dans Jericho Mile et Le Solitaire, 
c'était au contraire son aptitude tout instinctive à traquer sur 
le vif, à même le bitume, des loups solitaires aux prises avec la 
banalité du quotidien Américain. Avec cette énergie primaire 
héritée des grands anciens, Walsh et Ford.

Avec La Forteresse Noire, il larguait froidement le naturalisme 
pour la philosophie. Bizarre? Pas tant que ça, car si on fouille 
un peu, on retrouve des prolongements thématiques. Ain-si, 
Glaeken. la sentinelle divine, Frank le perceur de coffres, 
Murphy, le coureur fêlé du Jericho Mile, poursuivent tous un même 
idéal: fuir leur purgatoire (Au-delà, prison, Milieu) pour 
rejoindre, à l'extérieur, un répit. Les nazis, quant à eux, au 
même titre que le gang des trafiquants de drogue qui rackettent 
le pénitencier de Murphy, ou que la “famille” de truands du 
Solitaire, représentent l'ultime autorité fasciste agissante. Et 
puis' il y a le décor. Cette forteresse encastrée dans la 
montagne, aux murs noirs si épais. Un lieu qui étouffe 
littéralement ses locataires, comme une prison ou une chambre 
forte. 

Mann a voulu en quelque sorte remonter aux sources du combat de 
ses pionniers tourmentés. Très bien. Mais la différence, et elle 
est de taille, c'est qu'en s'attaquant au surnaturel, au 
fantastique, il a dû recréer de toutes pièces un univers 
différent. Un univers de conte de fées, avec ses lois, ses 
symboles, ses paysages. Une <78> sacrée gageure. Les règlements de 
comptes entre truands et taulards des premiers films sont bien 
loin... 

LA REVANCHE DU GLAEKEN 

Quand Spielberg filme Les Aventuriers, ou quand Lucas supervise 
Le Retour du Jedï, ils se contrefoutent de leurs personnages, 
pauvres figurines de merchandising, mais concentrent tous leurs 
efforts sur la reconstruction de décors sublimes, futuristes ou 
rétro. Mann, lui, ne s'est pas contenté de fignoler l'esthétique, 
il a voulu aussi que ses protagonistes soient tous porteurs de 
symboles précis, qu'ils expriment de façon stylisée des passions 
ou des terreurs issues de l'inconscient. A commencer par Mosalar, 
le démon de la forteresse, censé incarner le fascisme à l'état 
pur. C'est pour cette raison qu'il a plus ou moins renié le roman 
de Paul Wilson, qu'il jugeait trop narratif, trop anecdotique, et 
trop fidèle aussi à une certaine tradition gothique.. 

Ses intentions étaient louables: d'abord raconter comment une 
bande de soldats nazis se fait massacrer par une créature 
maléfique à l'intérieur d'une forteresse oubliée de Transylvanie. 
Ensuite, greffer sur cette trame dramatique somme toute banale 
une relecture philosophique et ·féerique. Du coup, Molasar, qui 
n'était dans le roman que la réincarnation folklorique d'un 
vampire contemporain de Vlad Tepes,décidé à conquérir le monde, 
devient un demi-dieu assez voisin de Satan. Wilson le faisait 
évoluer entre les murailles de pierre du château; Mann, lui, nous 
révèle son antre,une gigantesque antichambre de l'enfer perdue 
dans les sous-sols. Ses remaniments visuels concernent aussi les 
mises à mort des nazis. Dans le roman, en bon vampire tastevin, 
Molasar leur arrachait la gorge à grands coups de griffes, dans 
le film il les calcine instantanément, les réduit en morceaux de 
charbon grisâtres. Bref, une touche de magie noire, quoi!

La vie, la mort selon Mann se consument, se marchandent comme 
dans les rêves. Cuza retrouve une jeunesse en acceptant d'aider 
Molasar à fuir la forteresse ; Glaeken, mitraillé par les 
Allemands, revient subitement à la vie: Dans les sous-sols, les 
personnages rencontrent leurs doubles (Glaeken/Molasar) ou leurs 
géniteurs (Molasar déclarant à Kaempffer, le chef des SS : «Tu 
fais partie de moi »). C'est bien à une visite inédite de 
l'au-delà que nous sommes conviés. Une descente dans les limbes 
de l'inconscient humain. Un contact direct avec des mythes 
subitement cristallisés. Alors, est-ce que la retranscription 
visuelle de cette expérience métaphysique tient le coup? Et 
s'accommode-t-elle de la trame simpliste et fonctionnelle du 
roman de Wilson? C'est tout le problème.

LES TROIS DIMENSIONS DE L'IMAGINATION 

Vous connaissez les Grands Anciens de Lovecraft, ces créatures 
maudites qui harcèlent sans cesse des narrateurs trop humains. 
Vous imaginez vaguement à quoi elles ressemblent, malgré le flou 
volontaire et parfois risible des descriptions (du genre : "II 
vit l'Innommable et s'évanouit !") O.K. 

Maintenant, prenez un bout de papier et essayez de dessiner un de 
ces trucs-là... Ou mieux, <79> fixez ça sur pellicule en trois 
dimensions. Pas triste, le résultat!

Mann s'est heurté au même problème pour Molasar, incarnation du 
mal absolu. Comment traduire visuellement un tel concept sans 
tomber dans I~folklore ou le ridicule? En recourant àla caméra 
subjective ou à la suggestion? Pas possible. Et ce à cause des 
longues scènes de dialogues avec Cuza et du combat final avec 
Glaeken. 

S'il joue d'abord sur sa seule présence sournoise et meurtrière, 
pulvérisant dans l'ombre plusieurs soldats allemands, Mann doit 
par la suite montrer Molasar, le faire parler, bouger. Ce qui 
n'est dans la première partie du film qu'une sorte de feu follet 
vaporeux finit donc par se matérialiser complètement. C'est là 
que les choses se gâtent. 

Pour arriver à ses fins, Mann comptait sur les effets optiques de 
Wally Veevers, sur une texture lumineuse à mi-chemin entre la 
matière et le fluide. Mais vous le savez, Veevers est mort après 
deux semaines de post-production, et tout le film est redescendu 
d'un coup sur terre. Le rêve va devoir prendre une apparence bien 
plus réelle, matérielle que prévue.Cet aplatissement nuit 
évidemment au climat onirique. Molasar, retravaillé par Bilai, 
prend ainsi une apparence que certains jugeront trop crue, trop 
réaliste pour une créature féerique, et se comporte comme un 
personnage plutôt normal. C'est dommage. 

Toutes les manifestations magiques de son pouvoir ont pour la 
plupart disparu : l'envol final avec le Glaeken au travers d'un 
immense rayon laser sorti du sol, le massacre général des nazis 
dans la pièce principale de la Forteresse. 

Ce qui reste: des effets guère optiques du tâcheron Roy Field, 
responsable des mattes tremblotants de Krull et Superman III, et 
puis heureusement une ambiance. Même si la défaillance des effets 
visuels nuit à la fois au spectaculaire et à la magie, La 
Forteresse Noire conserve toujours un  unique et fascinant. 

L'arrivée des Allemands dans le village roumain hostile, la 
découverte de l'antre de Molasar par deux soldats trop curieux, 
la première réelle apparition du démon, sous forme de nuage de 
fumée incandescent (comme dans Rendez-vous avec la Peur de 
Tourneur) : autant de moments irréels, sublimement mis en valeur 
par la photo expressionniste de Thomson et les décors démesurés 
de John Box. 

Seulement, comme la production a jugé bon de remonter le film, 
les personnages, eux, perdent de leur potentiel. Ils n'ont plus 
guère le temps de révéler tous leurs secrets, et servent avant 
tout à relier des événements disparates. LeGlaeken, par exemple, 
agit trop en robot servile, et n'exprime pas assez son désespoir 
de vivre en marge de la société humaine sans jamais pouvoir y 
pénétrer vraiment.

Dans la version finale de La Forteresse Noire, le fonctionnel 
étouffe sans cesse l'onirique. Car Mann a non seulement été 
obligé de couper court à son esthétique de contes de fées, mais 
de se rabattre ensuite sur une trame de base encore plus 
simpliste que celle du roman pour ne pas trop paumer le 
spectateur. Quelques visions restées intactes gisent çà et là, 
superbes mais spoliées. Elles étaient, à la base, bien plus que 
des ressorts dramatiques: des métaphores. Le technique et les 
moyens n'ont suivi qu'à moitié, c'est vrai. 

Mais, d'une certaine manière, cet <échec > est tout à l'honneur 
du film. Il montre que l'entreprise avait ce qui manque à 
beaucoup d'autres productions du même genre : une ambition. 

François Cognard

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PHOTO CAPTIONS
Page 77:

Eva (Alberta Watson) et Glaeken (Scott Glenn) après l'affrontement 
final. Photo posée ou scène sucrée au montage?

Page 78:

Une scene qui a bien disparu cette fois : Eva tentant de ramener 
Glaeken a la vie, dans le repaire de Molasar. Sur ses cheveux Les 
reflets de sang fluorescent de son surhomme.

Deux scenes du fameux corps a corps entre Molasar at Glaeken. 
Avant et après le plongeon du haut de la fortresse. Un duel helas 
abanonne en cours de tourage a cause de la mort de Wally Veevers, 
le superviseur des effets optiques.

Page 79:

Des dépenses techniques insensées sur le tournage : Mann et ses 
techniciens manipulant un énorme ventilo pour recréer le vent 
magnétique qui souffle dans l'antre de Molasar. MaIs 
malheureusement. c'est pendant la finition. en post-production. 
que les choses se sont gâtées. 

Enfin. la véritable fin prévue par Mann et tournée en 
Méditerranée. Glaeken. Eva Cuza et son vieux pere. tous rescapés 
de la forteresse. Supprimee pour raisons techniques une fois 
encore. Une conclusion bien dIfférente de celle que vous 
verrez...

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