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ENKI BILAL - contributeur artistique 

APRES MOEBIUS POUR ALIEN ET TRON, NOS AMIS AMERICAINS ONT 
APPELE UN AUTRE ARTISTE DE B.D. FRANÇAIS A LA RESCOUSSE: ENKI BILAL. 
L'AUTEUR GENIAL DE 'LA FOIRE AUX IMMORTELS', ET LE MAGICIEN D'OR DE 'LA VIE 
EST UN ROMAN', CE FILM-LIMONAIRE DE RESNAIS DONT IL A CONCU, POUR 
L'EPOQUE LEGENDAIRE, LES COSTUMES ET LES PEINTURES SUR VERRE. BILAL NOUS 
RACONTE SON AVENTURE DANS 'LA FORTERESSE NOIRE' DE MICHAEL MANN. 

Tout a commencé par un message sur 
mon répondeur. Mann m'a contacté au cours du 
tournage. C'était très urgent. La première étape 
du monstre avait été filmée: c'était le cerveau 
aux yeux fluorescents noyé dans Ia fumée 
épaisse. Le second stade de l'écorché était prêt 
aussi. Mais pour le stade final de Ia créature, 
Mann n'était pas satisfait du travail des dessi- 
nateurs, des concepteurs. Je bossais alors sur 
le Resnais et j'ai dû rapidement trouver du 
temps libre. 

Je suis allé direct à Londres, aux studios de 
Shepperton, et Ià, j'ai rencontré Michael Mann. 
Un type très intelligent, qui m'a beaucoup im- 
pressionné. Il avait découvert mes planches 
dans Heavy Metal, le Métal Hurlant américain. 
Ce magazine est une vitrine fabuleuse pour les 
auteurs de B.D. français. En plus, c'est très re- 
gardé par les cinéastes (cf. Moebius/Jodorows- 
ky pour 'Dune', Chris Foss pour 'Alien', William 
Stout pour 'Conan' - NDLR). Il me montra des 
planches de 'La Foire aux Immortels': il aimait 
beaucoup les corps des dieux égyptiens, leur 
stature, leurs muscles en plaques, leurs épaules 
rembourrées. Il m'a donné des photos du mons- 
tre, des croquis de préparation ainsi que des 
costumes, des morceaux déjà fabriqués. Et j'ai 
pu travailler à partir de ça. 

CASQUES ALLEMANDS 

Les premiers dessins de Ia créature n'é- 
taient vraiment pas terribles. Ca n'avait pas 
d'allure véritable, pas de matière. Seulement 
une vague forme brumeuse. Pour ma part, j'ai 
dû tenir compte de l'évolution esthétique du 
monstre, de ses deux premiers stades. Je ne 
pouvais pas me détacher notamment de Ia 
deuxième étape, celle de l'écorché, qui impli- 
quait l'existence de cette hypertrophie muscu- 
laire au niveau du cou. Mais il fallait travailler 
très vite. Mann tournait sur le plateau d'à côté, Il 
m'expliquait quelques détails et j'essayais de 
tout comprendre malgré mon sale anglais. En 
plus, je n'avais lu ni le roman ni le scénario. 
Mann voulait que le monstre symbolise le fas- 
cisme, que son crâne évoque le casque alle- 
mand et son corps une espèce de statue arienne 
fière et noble, comme sur les peintures du 
IIIe Reich. Et puis, j'avais constamment devant 
moi une photo de Scott Glenn: il fallait aussi que 
le monstre lui ressemble, puisque Ia créature 
est un peu son double, sa version mauvaise. 
Bref, tout ça était très flou. 

Bon, j'ai fait plein de croquis dans un coin 
de studio, et de temps à autre, je me baladais 
sur les plateaux immenses de Shepperton. C'é- 
tait très impressionnant: les techniciens ré- 
glaient les scènes du massacre des nazis dans 
Ia pièce principale du donjon, déposaient çà et 
Ià des mannequins déchiquetés, bref mettaient 
en scène les dégâts causés par le monstre. D'ail- 
leurs, Mann connaissait également mes dessins 
sur le mur de Berlin, avec ces corps qui dépas- 
sent des murs, qui semblent englués sur le bé- 
ton. On s'entendait tous les deux sur beaucoup 
d'aspects esthétiques. 

VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE 

Mann n'arrêtait pas de me faire des propo- 
sitions. Il a également voulu que je développe un 
point de décor particulier: l'antre du monstre, 
l'immense caverne, sous Ia forteresse, où il est- 
enfermé. Il m'a expliqué le mouvement de camé- 
ra qu'il voulait faire lorsque deux des nazis 
pénètrent dans Ia caverne. Cette sorte de travel- 
ling arrière très long à l'intérieur de Ia grotte qui 
rend les soldats minuscules. Il voulait donc que 
je me charge de Ia conception de cet endroit. Pas 
évident encore! J'ai conçu des croquis pour les 
parois, des dessins géométriques bizarres, des 
colonnades reguliéres, alignées. Tout cela par- 
tait d'un décor réel: une mine de charbon du 
pays de Galles ou l'équipe avait déjà tourné 
certains plans (NDLR: le finale ou le prof. Kuzar 
part à Ia recherche du talisman du monstre). Et 
Ià, Mann m'a carrément dit: "Il n'y à qu'une 
solution, il faut que tu ailles voir sur place!" Il 
m'a reservé un avion taxi le soir même! Le 
lendemain, à 7h du mat', on est arrivé dans 
cette fameuse mine d'ardoise désaffectée, avec 
Ia scripte et un assistant. J'ai vu ces roches 
grises, ces grottes immenses... C'est d'ailleurs 
là que Polanski a tourné les premiers plans de 
son 'Macbeth'. Ca m'a un peu aidé, c'est vrai, 
mais ça ne m'a pas apporté beaucoup plus que 
les photos que j'avais vues à Shepperton! Et 
puis, par moins cinq degrés, lorsque je sortais 
les mains de mes poches, je n'arrivais pas à 
tenir mon crayon! Bref tout ça, c'était pour l'a- 
venture. "Tu ne regretteras pas d'y être allé", 
m'avait dit Michael. 

POST VISUM... 

J'ai beaucoup aimé travailler sur ce film, 
même si j'étais un peu étranger dans le staff. 
Mais je ne l'ai pas vu naître. 'La Vie est un Roman' 
est un film que je revendique complètement. J'ai 
recréé avec Resnais un univers personnel du 
début jusqu'à Ia fin. Pour 'The Keep', c'était trop 
fugitif. Cela dit, les techniciens qui ont travaillé 
à partir de mes dessins ont fait un travail très 
honorable, même si je trouve le monstre un peu 
trop musclé, un peu trop proche de Hulk ou des 
héros de Marvel Comics. Et puis, s'il a l'allure de 
certains de mes personnages, il n'a rien de leur 
caractère, de leur philosophie. C'est un peu pa- 
radoxal. C'est une contribution complètement 
esthétique en fait. Je regrette que le monstre ne 
soit pas plus actif, qu'il ne soit pas plus en 
relation avec son décor, son environnement 
noir et rocailleux. Il est un peu trop luisant aus- 
si. Il n'a pas ce côté charbon, poussière, peut- 
être à cause des lasers rouges... 

Mais ce qui m'a surtout déçu, c'est que cer- 
taines scènes tournées, certains rushs ont dis- 
paru de Ia version définitive. A un moment, 
Mann m'a expliqué que Scott Glenn devait tom- 
ber dans l'antre du monstre, faire une chute très 
longue... Ce devait être filmé par ordinateur, 
comme Ia plupart des effets spéciaux optiques, 
mais ces scènes ont disparu. Même chose pour 
des éclatements de têtes, qui ont pourtant de- 
mandé cinq prises... Et puis aussi vers Ia fin, Ia 
fille de Cuza descendait dans l'antre. Beaucoup 
de scènes envolées... Du coup, l'histoire est ap- 
pauvrie, les scènes se suivent trop vite pour être 
efficaces. Mais, esthétiquement, des passages 
sont tout de même très impressionnants, sur- 
tout grâce à Ia photo d'Alex Thomson. 

SUITE ET FIN 

Et puis Mann m'a recontacté encore une 
fois apres le tournage: c'était pour l'affiche 
américaine. Il fallait que "je retravaille le 
concept de base"! En l'occurrence une espece 
de logo THE KEEP avec un lettrage de pierre 
noire et un rayon rouge en son centre. Une fois 
de plus, on me laissait une prétendue liberté de 
création, mais je devais quand même partir d'un 
projet peu motivant. Alors, j'ai retravaillé un 
peu la perspective, tracé quelques traits supplé- 
mentaires... Des broutilles. 

L'approche de Mann était très ambitieuse: 
imaginer comme ça un film fantastique qui mêle 
des éléments historiques et des effets magi- 
ques. Et puis un Américain qui s'intéresse au fin 
fond de Ia Roumanie, s'imprègne de culture 
européenne, ce n'était pas commun. 
De toute façon, nous avons un autre projet 
ensemble. Un film de S.F. dans le genre d''Exter- 
minateur 17', Ia B.D. que j'ai faite sur un scénario 
de Dionnet. Mais cette fois, ce serait une colla- 
boration bien plus concertée que pour 'The Keep'. 

B.D. ET CINEMA 

C'est très bien que des auteurs de B.D. col- 
laborent avec des metteurs en scène, voir Giger 
pour 'Alien', ou Moebius pour 'Tron'. Jean-Claude 
Mézière prépare d'ailleurs une adaptation de 
'Valérian' avec Jeremy Paul Kagan, le metteur en 
scène de 'Heroes' et 'The Big Fix 'avec Richard 
Dreyfuss. Mais je reste un peu en retrait quand 
même. Le côté "utilisation", "contribution" me 
gène un peu. Les Américains ont un peu ten- 
dance à louer vos services, à éponger vos com- 
pétences pour un bout de décor ou pour des 
costumes. On ne met jamais ses propres images 
en scène. On s'en tient au storyboard du metteur 
en scène. Le seul moyen est d'essayer soi-même 
d'adapter son univers pour le cinéma. Cette 
chance, Resnais me l'a laissée pour 'La Vie est 
un Roman'. Et je compte bien récidiver. En ce 
moment, je termine une sorte de reportage-fic- 
tion sur Los Angeles avec Pierre Christin. Je 
retravaille des photographies, y rajoute des 
personnages, déforme des décors réels, bref, 
j'illustre le scenario de Christin. Je donne vie à 
ses personnages fictifs. C'est de Ia mise en 
scène véritable. 

Propos recueillis par François Cognard.




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